Homélie du Dimanche des Rameaux

 « …Et voici que le rideau du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent … »

Le dimanche des rameaux célébré habituellement avec solennité puisqu’il en est une, revêt cette année un caractère d’une sobriété et aussi d’une tristesse sans précédent au sein de nos communautés paroissiales à travers le monde en raison de l'impossibilité de converger vers les églises paroissiale pour participer à la messe,

Habituellement, la bénédiction et la procession des rameaux sont des moments festifs parce que le Peuple de Dieu acclame son Messie-Sauveur entrant dans la ville sainte de Jérusalem  où désormais il accomplira une fois pour toute l’œuvre de Rédemption à travers sa Passion- Mort et Résurrection. « Lauda Ierusalem dominum ; lauda deum tuum Sion Hosanna filio David » Une belle entrée dans la semaine sainte qui plonge chaque année l’Eglise dans une grande ferveur, l’associant ainsi, à travers les diverses célébrations de la semaine à ces grands mystères du Salut.

Le contexte de pandémie qui touche la terre entière en ce moment, force nos communautés ecclésiales à vivre autrement cette belle liturgie qui drainait beaucoup de monde ; les uns, par tradition, les autres par suite logique de la pratique religieuse habituelle.

Les moyens de communications sociales, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, nous aident tous à être en communion avec nos chrétiens, qui prient en famille, nos évêques et nos prêtres qui, dans  les Cathédrales, les chapelles et les oratoires offrent le Saint Sacrifice de la Messe pour tout le Peuple de Dieu.

En méditant les textes proposés par la liturgie de la Parole de ce jour, la figure du Serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe   et qui se traduit de manière fort éloquente dans le récit de la passion du Christ et le mystère de la Kénose (Abaissement du Christ) dans l'épitre de Saint-Paul aux Phillipiens, nous aide à saisir et comprendre le visage actuel d’un monde défiguré par la maladie, la méchanceté de l’homme, le pouvoir de domination et d’asservissement d’une poignée d’hommes sur toute l’humanité.

Comme un tremblement de terre, la pandémie Covid 19 a plongé tous les peuples dans la peur, l’inquiétude et le désarroi.

D’habitude, frères et sœurs, lorsque nous entendons qu’il y a eu tremblement de terre quelque part dans le monde, nous compatissons, nous prions pour les victimes. Cependant, n’étant pas directement touchés, nous pensons que cela n’arrive qu’aux autres.

Mais depuis quelques semaines, le coronavirus a provoqué un grand séisme. Son épicentre, ce n’est  pas un point dans le monde mais la terre entière. L’état de catastrophe sanitaire qui s’aggrave de jour en jour a montré combien l’être humain est fragile : « Il est semblable à la poussière, ses jours sont comme une ombre qui passe, une heure dans la nuit » nous dit le psalmiste.

La figure du serviteur que nous présentent les textes liturgiques, nous révèle  cette fragilité qui n’épargne pas l’Elu de Dieu.  Jésus, à travers les souffrances de sa Passion  est touché dans sa chair : il est insulté, humilié, blessé. Il connait le plus ignoble des supplices de son époque : la crucifixion qui était réservée aux grands bandits. Il est l’homme des douleurs, le familier de la souffrance qui nous rejoint dans l’aujourd’hui de nos tourments pour nous instruire. Hier comme aujourd’hui, il est  celui qui souffre avec et pour son peuple afin de lui obtenir le Salut.

En des circonstances pareilles où tout semble incertain, où l’obscurité gagne notre terre et que celle-ci tremble parce que la mort semble prendre corps et s’affirmer, il est impérieux pour l’homme de se tourner vers ce qui est l’essentiel c’est-à - dire ce que peut donner sens à sa vie, à son être et qui peut lui offrir des chemins nouveaux de Salut.

Cet Essentiel pour nous croyants, c’est Dieu, lui qui nous a créé et fait de nous une image de sa propre nature (lire le Psaume 8). La sagesse africaine nous enseigne ceci : « Si tu ne sais pas où tu vas ?saches quand même  d’où tu viens ? ».Nous venons tous de Dieu qui est l’auteur de notre vie, de notre croissance, de notre être. Devant l’impasse et le trouble que cause la folie de l’homme, le mal et la souffrance, il  convient, pour trouver une issue de tourner notre regard vers Dieu.

A l’instar du Serviteur Jésus qui, malgré les douleurs du supplice garde intacte sa fidélité et sa confiance en Dieu, nous sommes tous appelés à trouver force, courage et réconfort en lui. Cela appelle de nouvelles attitudes que nous rappelle l’apôtre Paul : l’humilité et l’obéissance.

Des moyens humains et spirituels qui nous disposent à avoir un regard d’amour pour travailler à la  guérison de notre âme et de notre monde.

Cette entrée dans la semaine Sainte est pour chacun de nous frères et sœurs, le moment favorable pour reprendre confiance en Dieu seul qui nous aime et dont le Dessein est de nous délivrer de tout mal. Laissons-nous instruire par le Mystère de la croix …, bois par lequel le Christ, élevé entre ciel et terre, les bras tendus, embrasse l’humanité pour lui offrir le Salut.

Si notre terre tremble aujourd’hui, à cause d’une pandémie, elle trouvera la paix par les mérites de la Passion de notre Seigneur et par la Gloire de la Résurrection, revanche totale de Dieu sur les forces du mal .

Que le Seigneur soit béni, lui qui vit et règne pour les siècles sans fin. Amen.

 

 

Homélie du 5ème Dimanche de Carême

Bien chers frères et sœurs en Christ,

Chers amis, vous tous qui nous suivez à travers le Net,

aux travers de la liturgie de la Parole de ce  5ème Dimanche de Carême, la Parole de Dieu nous offre un message d’Espérance et de Salut.  La première lecture tirée du livre d’Ézéchiel nous replace dans le contexte douloureux de l’exil du peuple d’Israël en Babylonie.

Au 6éme siècle avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor avec ses armées, envahissent le royaume d’Israël et celui de Juda. Ils déportent une bonne partie des hébreux vers Babylone. C’est alors la fin des royaumes des hébreux. A partir de ce moment, les hébreux sont appelés juifs.

L’exil en effet, est un second esclavage infligé à ce peuple à cause de son infidélité à l’Alliance. Cette étape sera un long temps de retraite pour ces déportés. Certains céderont à la puissance idolâtrique de leurs oppresseurs ; d’autres nourriront un sentiment profond d’attachement et d’adoration au Dieu de leurs pères Abraham, Isaac et Jacob non sans grave difficultés puisque tous ceux qui confessent le nom de YHWH Dieu d’Israël  vont connaître de lourds châtiments.

Le sentiment nationaliste s’est aussi beaucoup développé à cette période. C’est alors dans ce contexte historique et spirituel difficile que les prophètes vont raviver la foi de leurs concitoyens. Comme si l’exil était une mort qui enchaîne le peuple dans le tombeau de sa captivité, le prophète Ezékiel annonce la « résurrection » de celui-ci : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous ferai sortit Ô mon peuple. »

Dieu revient de sa colère et veut sauver ce peuple que lui-même s’est choisi. Il lui adresse la promesse de le faire retourner vers la terre natale. Il s’agit là d’un réveil nationaliste qui ne s’arrête pas simplement à une libération du joug qui  pèse sur le peuple mais, c’est plus un renouveau spirituel puisque Dieu touchera désormais le cœur de ce peuple  pour lui apporter un nouveau souffle : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez ». Cette « résurrection collective » marque une nouvelle étape : Désormais, Dieu ne parlera plus à son peuple à travers une loi inscrite sur des tables de pierres ; mais il imprimera cette loi, dans son cœur. Il lui donnera un cœur nouveau et un esprit nouveau.

NB : Il est important de souligner que dans la conscience religieuse du peuple juif, le Salut est chose collective .Dieu sauve un peuple, pas des individus. Renaissance identitaire.

Avec l’avènement du Christ, le Salut a une toute autre orientation, Dieu vient sauver tous les hommes certes, mais il touche le cœur de chacun. La résurrection n’est pas ici simplement chose collective mais surtout salut de chaque âme qui passe par une démarche de foi personnelle.

La page d’évangile de ce 5ème Dimanche de Carême nous parle de Résurrection. Nous connaissons bien cette page de l’Évangile de Jean que nous lisons souvent lors des obsèques dans nos communautés paroissiales. Il nous replace aussi dans un contexte de souffrance, de dépouillement et de révolte. Nous en faisons tous l’expérience lorsque nous faisons face à la réalité de la mort d’un proche. Marthe et Marie sont sous le choc de la mort de leur frère Lazare, un ami de Jésus dont les miracles sont connus dans toutes ces villes et villages de la Palestine. Pourquoi n’est -il pas là au moment où ses amis avaient besoin de lui ?

L’on comprend bien la légitime remarque de Marthe à Jésus : « Seigneur si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Ces paroles pleines d’amertume traversent tout l’univers biblique ; elles traversent aussi notre univers actuel.

Face à la cruauté de la vie, au mal, à la violence, au désastre que peut causer une épidémie, à la mort, Dieu semble silencieux, absent ou impuissant. En ces moments où l’incertitude gagne les cœurs en raison du Covid 19  qui décime le monde, nous avons certainement des reproches à faire à ce Dieu qui, soit acquiesce à la force dévastatrice de ce virus, soit est réellement impuissant pour agir. Mais, frères et sœurs, il n’en est rien de tout cela. Notre Dieu est un Dieu qui entend tout, accueille tout (même les plus durs reproches) et agit au temps fixé. Rappelons-nous les paroles de Jésus lorsqu’il apprend la maladie de son ami Lazare : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la Gloire de Dieu, afin que par elle le fils de Dieu soit glorifié. »

Ce à quoi il nous appelle pour rendre possible le Salut qu’il veut nous offrir, c’est que nous ayons la foi en lui qui est la Résurrection et la vie

Frères et sœurs, dans les moments les plus obscurs de  notre existence, nous avons envie de voir se produire un miracle et quelquefois, nous essayons de forcer la main de Dieu pour en faire un magicien. Dieu est incapable de magie. Ce qui produit le miracle, ce qui le rend possible, c’est la foi, l’adhésion personnelle et libre de nos personnes au projet de Salut de Dieu. Il n’est pas quelqu’un qui est loin ou en face des malheurs que nous vivons. Dieu vit avec nous, il se réjouit avec nous quand nous sommes dans la joie ; il pleure avec nous quand le mal nous étreint.

Devant le tombeau de Lazare, Jésus prit d’émotion pleure comme chacun de nous lorsque nous perdons un être cher. Avec nous, il est aussi familier de la souffrance. Cependant, il ne perd pas pied ; il garde sa confiance en Dieu son Père qui exauce toujours sa prière.  Il se met en sa présence, lui rend  grâce, prie afin que la foule découvre la puissance de Dieu dans l’œuvre qu’il va accomplir puis appelle Lazare à la vie : « Lazare vient dehors ». Une Parole solennelle qui accomplit celle de l’Ancien Testament dans la première lecture « Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai sortir Ô mon peuple ». Le texte de l’évangile nous dit : « le mort sortit ...». Nous savons bien frères et sœurs que c’est Lazare mais cette parole s’applique à chacun de nous. Dieu nous sauve tous, il nous fait sortir de nos tombeaux, nous libère de toutes entraves et nous propose un chemin nouveau : « Déliez- le et laissez-le aller ».

La période incertaine que vit l’humanité entière à cause d’un ennemi redoutable et invisible (Coronavirus) est comme une sorte de mise à mort. Nous sommes cloitrés dans les « tombeaux » de nos maisons. Le Christ vient ce matin et cela tous les jours, se proposer à nous comme Chemin-Vérité et Vie pour ouvrir nos tombeaux et nous en faire sortir. Il y a alors pour chacun des raisons de croire et d’Espérer qu’en Dieu seul se trouve notre  Salut. Si des profondeurs de nos souffrances, nous crions vers lui, lui, par son amour nous sauvera car par sa croix et les mérites de sa souffrance, il a racheté nos fautes (cf. Ps 129).

Ne nous laissons pas envahir par l’emprise de la chair qui nous fixe dans la désespérance mais laissons- nous habiter par l’Esprit de Jésus (Rm8). Lui, le Christ notre Espérance est vivant et nous vivrons tous. Son soleil se lèvera dans la nuit de nos combats.

A Jésus notre Rédempteur, Honneur, Gloire et Puissance pour les siècles des siècles. Amen.

P .Ferdinand SAMBOU. Curé

 

                                                                      Curé