HOMELIE DU DIMANCHE DE LA PENTECÔTE

« Recevez l’Esprit-Saint »

Nous sommes parvenus à la fin du temps pascal avec la célébration de la belle solennité de la Pentecôte : Don de l’Esprit-Saint Amour du Père et du Fils à ce petit groupe des onze et de quelques femmes dont Marie, la mère de Jésus, tous enfermés au cénacle après le départ du ressuscité.

L’apôtre Saint-Luc situe l’événement cinquante jours après Pâques et Saint Jean dans le 4ème évangile quant à lui, relate cette mystérieuse scène au soir même de la Résurrection.

Ce qui est important, c’est que porte l’événement comme mystère et appel.

la Promesse du Christ s’accomplit en ce jour, le Paraclet est donné aux premiers témoins du Christ. Dieu, utilisant les forces de la nature secoue la terre comme pour réparer un désordre et vient comme un feu pour consumer tout ce qui peut être obstacle à l’annonce de la Bonne Nouvelle notamment la peur. « Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se propageaient et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit-Saint ». Comme dans les théophanies (apparitions) de Jésus ressuscité, l’Esprit-Saint souffle et feu de Dieu défie toutes les contingences du temps et de l’espace pour libérer une chambre haute verrouillée et un groupe d’hommes et de femmes encore gagnée par la peur des autorités qui quelques temps avant, avaient exécuté le Maître.

L’action de l’Esprit est immédiate, elle pousse au dehors ceux qui étaient enfermés et les appelle au témoignage : « ils se mirent à parler en d’autres langues et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit ».

Cette première annonce des apôtres, c’est le kérygme : témoignage sans équivoque devant le peuple et les puissants de l’époque que celui qui a été crucifié, Dieu l’a ressuscité. Cette annonce est d’autant plus extraordinaire puisque tous les comprenaient dans leur propre langue. L’auteur des Actes des apôtres fait mention de cette diversité de peuples témoins et bénéficiaires des fruits de la Pentecôte, stupéfaits et émerveillés : « Ces gens qui parlent ne sont ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? ».

C’est le miracle de l’Eglise qui se réalise. D’un petit groupe qui a fréquenté Jésus, va naître une communauté de frères et sœurs de toutes races, langues, peuples et Nations. Désormais, le peuple de Dieu ne se définit plus par l’appartenance à la race juive mais plutôt par l’accueil de la Bonne Nouvelle comme une saveur que produit l’Esprit-Saint au-dedans de nous. Ce goût intérieur de Dieu qui transfigure notre être et notre  vie, nous fait sortir de nos enfermements et de nos peurs, rend possible la communion des cœurs et l’audace du témoignage de l’Amour semé en nous par l’Esprit-Saint.

Au jour de notre baptême, nous avons reçu comme les Apôtres le don de l’Esprit-Saint. Cette parole de Jésus  prononcée à l’endroit des apôtres : « Recevez l’Esprit-Saint » nous a été communiquée à travers l’eau versée sur notre front et l’onction du Saint-Chrême qui fait de nous tous, participants à la triple fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi. Le Baptême comme d’ailleurs la confirmation  (et les autres sacrements) sont une forme de Pentecôte puisqu’à travers eux, Dieu, par son Esprit agit en nous pour construire l’Eglise.

Chacun, selon l’action de l’Esprit en lui, participe à l’édification de l’unique corps qu’est l’Eglise.

Baptisés, nous sommes disciples et témoins dans nos différentes communautés et milieux d’expression parce que le ressuscité nous envoie tous sans exception : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Il est important que nous soyons envoyés c'est-à-dire mandatés non pas pour nous mais pour annoncer Jésus Christ par nos paroles et nos actes.

Une Bonne Nouvelle, elle illumine, renouvelle, édifie. C’est pourquoi, l’adresse de l’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens doit être le moyen d’orientation de notre agir chrétien pour éviter tout errement. En chacun, la grâce opère de manières diverses et variées mais c’est l’UNIQUE Esprit qui en est l’initiateur. C’est dans nos différences que s’opère la vraie Pentecôte, celle qui construit l’unique corps du Christ. En ces temps troubles de la vie de l’Eglise , il nous revient à tous baptisés de veiller à ne pas porter atteinte au Corps du Christ dont nous sommes les membres en évitant toutes tentatives de divisions , de haine sous toutes ses formes , de domination ou encore de rejet de l’autre.

Le temps de l’Eglise, c’est celui de l’Esprit, ne soyons pas des obstacles à son action pour qu’advienne une Nouvelle Pentecôte dans notre monde. L’épisode douloureux de la pandémie du Covid 19 devrait nous instruire et nous inspirer de nouvelles attitudes pour une véritable conversion des cœurs et des esprits afin de recouvrer la bonne odeur de Dieu, celle de l’Amour trinitaire qui est communication et communion dans le regard et l’agir.

Quelle joie de retrouver le chemin qui nous mène à nos églises paroissiales ! N’est ce pas un signe de la Providence de Dieu qui ne se trompe ni ne nous trompe. Aujourd’hui, nous quittons les cénacles de la peur d’un virus et de l’incertitude en des lendemains meilleurs pour annoncer une Bonne Nouvelle audible aux oreilles de tous les hommes et toutes les femmes de Bonne Volonté et cela non pas seulement par la parole mais surtout par nos actes. « A cela, ils reconnaitront que vous êtes  mes disciples ».

Viens Esprit-Saint, en nos cœurs

Et envoie du haut du ciel

Un rayon de lumière

 

Lave ce qui est souillé

Baigne ce qui est aride

Guéri s ce qui est blessé

 

Donne mérite et vertu

Donne le Salut final

Donne la joie éternelle

 

Amen

 

P .Ferdinand SAMBOU

 

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Homélie du 7ème Dimanche de Pâques.

 

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière ». Ac1,14

 

Entre le Jeudi de l’Ascension et le Dimanche de Pentecôte, l’Eglise toute entière est invitée à l’instar des disciples à entrer au cénacle pour se préparer dans la prière à recevoir le don du Saint-Esprit.

Jésus s’en est allé vers le ciel, confiant à ses amis la mission d’annonce de la Bonne Nouvelle afin de gagner les cœurs des hommes à Dieu : «  Tout pouvoir m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez –leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». (Mt28, 19-20).

Jésus passe ainsi la main à ceux-là avec qui il a partagé les trois années de son ministère publique. L’événement de l’Ascension se passe au mont des oliviers où Jésus avait prié la veille de sa Passion. C’est de là que partiront les disciples inaugurer  une nouvelle ère, celle de la mission qui requiert en amont une forme de retraite spirituelle. Pendant dix jours, enfermés dans la chambre haute, ils vont se mettre en prière dans l’attente joyeuse de l’effusion de l’Esprit –Saint, le Paraclet, force et souffle de Dieu qui soutiendra leur mission et leur témoignage. La liturgie de la Parole de ce 7ème dimanche de Pâques met en lumière la place et la force vitale de la prière dans la vie de l’Eglise, communauté de croyant mais aussi pour chaque baptisé qui doit trouver en celle-ci (la prière) la nourriture essentielle à sa vie de tous les jours pour affronter tous les événements,

L’auteur du livre des Actes des apôtres insiste sur cette dimension communautaire de l’Eglise naissante après l’Ascension : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus et avec ses frères. »

Les disciples appréhendaient déjà la lourdeur de leur mission, les difficultés qu’ils vont rencontrer, les décisions qu’ils devront prendre et surtout l’hostilité des ennemis du Christ .D’où l’importance de la prière pour y trouver les énergies nécessaires. Nous également, comme baptisés, nous participons selon nos différents états de vie et nos charismes multiformes à la mission de l’Eglise et la construction de notre société humaine. Cet investissement requiert de notre part une disponibilité à la grâce de Dieu. C'est-à-dire trouver en Dieu, celui qui est le protagoniste premier de la mission, qui lui donne toute sa force et son sens. Le psalmiste ne dit il pas « Si le Seigneur ne bâtit les maisons, les bâtisseurs travaillent en vain ».

Jésus, lui-même Fils du Très- Haut mettait la prière au début, au centre, et à la fin de son ministère. L’Evangile, en plusieurs circonstances met en scène Jésus en train de prier.

Son discours dit «  sacerdotal » que nous méditons ce jour est une grande prière. Devant l’imminence de son départ, Jésus prie. Son Heure est désormais arrivée ; son humanité est en souffrance, il sait qu’il va être mis à mort par les grands du peuple. Cependant, il ne perd pas confiance à son Père qui l’a envoyé pour sauver le monde .Le moment est venu pour que tout éclate au grand jour, ce qui était caché sera révélé afin que les hommes croient qu’il vient de Dieu et que lui seul peut leur donner la vie éternelle. « Père l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie ». Cette prière de Jésus avant sa mort n’est pas orientée vers lui-même, son objet principal, c’est le Salut de l’homme. C'est-à-dire la participation de ce dernier à cette communion intime d’Amour entre le Père et le Fils.

La prière du Christ n’est surtout pas centrée sur sa personne. Elle est entièrement décentrée c'est-à-dire offerte pour le Salut de ceux que son Père lui a donnés : « Moi je prie pour eux … ».

La prière, chers frères et sœurs n’est pas un exercice d’autosatisfaction qui met notre « Moi » en valeur. La prière requiert d’abord l’humilité et la confiance à l’Autre ». Cet Autre, c’est Dieu qui rend possible un dialogue. Il y a alors dans la prière une nécessaire sortie de soi pour éviter tout monologue qui viderait celle-ci de son sens comme se fut la prière du pharisien au temple dans l’Evangile de Luc.

Prier c’est d’abord avoir le sentiment du divin en soi. Prier c’est reconnaître le besoin de Dieu dans sa vie. Prier, c’est s’ouvrir à l’Amour et à la Miséricorde de Dieu qui transforme et renouvelle notre vie. Prier, c’est porter le monde et l’offrir à Dieu comme Jésus a porté l’humanité et s’est offert pour son Salut. Prier c'est aussi rendre grâce à Dieu, le remercier.

En ces jours qui nous séparent de la Pentecôte, entrons tous dans les cénacles de notre cœur pour vivre une véritable intimité avec le Christ qui nous envoie son Esprit afin de nous libérer des turpitudes de notre temps.

Que l’Esprit de Pentecôte vienne renouveler notre Eglise en bute à la souffrance sous toutes ses formes. Marie, notre mère, la mère de Jésus était dans le groupe qui attendait avec joie et Espérance le don de l’Esprit. Qu’elle vienne au secours de notre manque de foi et de nos résistances qui étouffent l'Espérance.

« Dieu tout puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l’homme est fragile et que sans toi il ne peut rie, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour ».

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

P. Ferdinand SAMBOU

 

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Homélie du 6ème Dimanche de Pâques.

« Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur »

 

Le temps pascal tire à sa fin. Dans quelques jours, nous célébrerons la solennité de l’Ascension du Seigneur et dix jours plus tard, celle de la Pentecôte.  La liturgie catholique situe cette dernière cinquante jours après la Résurrection. Elle marque ainsi la fin du temps de Pâques et les débuts de la vie de l’Eglise sous la motion de l’Esprit –Saint, don du Père et du Fils, qui poursuit l’œuvre de  sanctification dans le monde.

Depuis dimanche dernier, Jésus tient un discours d’adieu à ses disciples et leur promet de ne pas les laisser seuls. Son absence physique éminente (en raison de sa Passion-Mort et Résurrection ainsi que son élévation dans la Gloire de son Père) sera comblée par le don du paraclet, l’autre défenseur qui sera toujours avec les disciples pour les enseigner et les conduire jusqu’à la vérité tout entière.

Dans la culture juive, le paraclet est un personnage bien connu, il assure du point de vue juridique la fonction de garant pour la libération d’une personne accusée, en raison de sa notoriété et de sa moralité. Il est un véritable défenseur.

Jésus utilise ce vocabulaire habituel pour parler à ses disciples de leur devenir. Le départ du Maitre ne sera pas la fin d’un projet. Au contraire, ce sera le début d’une nouvelle aventure. Celle-là ne sera pas des plus faciles car les disciples devront mettre leurs pas dans les pas du Maître.

C'est-à-dire qu’ils connaîtront le même sort que le Christ à cause de la méchanceté des hommes. Pour assurer leur mission, le préalable sera la fidélité aux commandements. C’est leur fidélité au Christ qui rendra possible l’action de l’Esprit –Saint dans leur vie pour affronter les contradictions du monde : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour  toujours  avec vous. : L’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez car il demeure auprès de vous et il sera en vous. »

Une lecture post –pascale de cette page de l’évangile de Jean nous incite à l’émerveillement lorsque nous voyons comment l’Esprit agit dans la vie des apôtres et soutient leur mission malgré les persécutions de l’époque.

Le texte des Actes des apôtres que nous lisons ce jour fait suite à la persécution du diacre Étienne. L'Eglise à peine née connaît de grandes turbulences, les adeptes de cette « nouvelles doctrine » comme l’appelaient ses ennemis, étaient pourchassés, tués dans le but d’anéantir leur foi et leur fidélité au ressuscité. Cependant, c’est dans ces grands moments de souffrance que la Croix du Christ révèle toute sa splendeur et produit de véritables fruits.  L’annonce de la Bonne Nouvelle est une nécessité vitale, aucun obstacle ne peut tenir face à elle. Avec courage et sous la motion de l’Esprit de Pentecôte, les apôtres, fidèles à l’Amour du Seigneur vont à la conquête spirituelle des territoires et peuples païens. C’est ainsi que les samaritains, ennemis jurés des juifs accueillent par le diacre Philippe, la Bonne Nouvelle du Christ , mort et ressuscité pour offrir la vie éternelle à tous les hommes et femmes de bonne volonté. L’œuvre de l’Esprit-Saint, s’accomplit en la personne de Philippe qui opérait des miracles et appelait à l’adhésion à la foi en Jésus Christ. Comme précurseur, Philippe avait bien préparé le terrain aux apôtres Pierre et Jean qui, par l’imposition des mains firent descendre l’Esprit –Saint dan le cœur de chaque samaritain converti.

Avec Dieu, frères et sœurs, tout est possible. Quelquefois, dans les moments les plus tumultueux de notre existence, nous pensons qu’il n’existe aucune issue. Tout semble perdu et nous baissons les bras. Le Seigneur nous rappelle qu’avec lui rien n’est d’avance perdu. Par les mérites de son sacrifice, il nous ouvre le vrai chemin du Salut. Mieux encore, il nous offre un secours perpétuel qui est notre avocat défenseur, la force qui nous relève et nous fait traverser les routes sinueuses de notre monde pour nous mener à la Vérité tout entière. La prière eucharistique n° 4 nous le précise de façon claire : « l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. »

De nos jours, l’Église connaît comme jadis la violente montée des vents contraires qui soufflent à plein régime et qui la secoue de tous bords. Elle est tournée en dérision pas ses ennemis (ceux de l’intérieur comme ceux du dehors). Beaucoup de baptisés ne s’y retrouvent plus d’où ces nombreuses demandes de radiations des registres de baptême. Certains sont découragés à cause de ces multiples témoignages de pasteurs et de chrétiens. D’autres encore, la trouvant dépassée et ne répondant plus à leurs préoccupations s’en désintéressent ; sans compter toutes ces idéologies dépourvues de tout sens du divin pactisant avec les forces occultes qui asservissent l'homme.

 Chers frères et sœurs, il n’y a aucune raison d’avoir honte d’être et de rester chrétien. Notre vie chrétienne est une longue traversée durant laquelle nous faisons l’expérience difficile du désert (signe de la sécheresse et du combat spirituel), celle des eaux boueuses qui nous enfoncent (signe de toutes formes de calomnies) mais aussi celles des eaux vives qui nous lavent et nous purifient (signe de la Rédemption).

Ainsi donc, l’appel de l’apôtre Pierre aux chrétiens de l’époque reste valable  pour nous aujourd’hui. Dans la persécution, comme dans les calomnies, dans nos fautes qui nous condamnent comme dans nos quêtes de justifications, il nous faut garder un code de conduite : celui d’oser « rendre compte de l’Espérance qui nous habite ». Un témoignage chrétien à accomplir dans « une conscience droite » nous inspirant du Christ doux et humble de cœur qui s’est confondu aux pécheurs pour leur obtenir la justice de Dieu qui est Salut.

En ces jours qui nous séparent de la Pentecôte, appelons encore le Seigneur par nos prières. Comme au cénacle avec les disciples  demandons à Marie notre Mère de venir au secours de nos insuffisances, celles de notre humanité afin que par sa prière, l’Esprit de Pentecôte embrase le monde, consume tout mal spécialement celui de la pandémie du Covid 19 et brise les chaînes de nos peurs et de nos résistances.

«Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui nous renouvelle la face de la terre ».

 

P.Ferdinand SAMBOU

 

Homélie du 5ème Dimanche de Pâques.

 

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé(…).Moi, je suis le chemin, la Vérité et la Vie ».

 

L’Evangile du Bon Pasteur que nous avons médité dimanche dernier ouvrait l’intelligence de notre cœur à découvrir et accueillir la personne du Christ comme celui qui est le passage (la porte) qui nous fait entrer dans la vie de Dieu mais encore plus,  celui qui nous guide, qui nous fait entrer et sortir de la bergerie pour nous mener vers des près d'herbes fraîches. Le Véritable pasteur qui se fait tout à tous pour nous donner la vie même de Dieu ; modèle pour chacun parce qu'à notre tour, nous sommes pasteurs au milieu du monde de notre temps,

Ce 5ème Dimanche de Pâques, nous entraîne encore en profondeur dans cette connaissance et cette familiarité avec Jésus de Nazareth. Jean nous situe dans le contexte de l’imminence du départ annoncé du Maître. Nous saisissons alors combien c’est difficile pour ses disciples d’apprendre   une telle annonce. En cet homme qu’ils ont suivi depuis les débuts en Galilée, ils avaient mis tout leur espoir. Un espoir qui rejoignait l’espérance messianique de tout un peuple qui attentait depuis longtemps sa libération du joug de l’occupant. Voilà que celui –ci annonce son départ (sa Passion-Mort et Résurrection). Un rêve se brise ; désillusion et bouleversement envahissent les cœurs.

 Dans notre expérience propre, nous connaissons des situations pareilles. Devant l’échec d’un projet ou encore un espoir anéanti, nous sommes désarmés, dévastés. Les disciples vivent cette même expérience puisque toutes leurs attentes semblent réduites à néant suite à l’annonce de la séparation  éminente d'avec leur « leader ».

Jésus reprend ceux-ci et les invite à saisir sa vraie identité : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la Maison de mon Père, il ya de nombreuses demeures, sinon, vous aurai-je dis : Je par vous préparer une place ? .Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. »

On aimerait bien entendre des discours pareils lorsqu’on est déconcerté et désorienté. Mais faut-il  que la motivation soit la même. Nous voyons bien que malgré le temps passé avec Jésus, les disciples n’ont pas véritablement saisi son identité et le sens véritable de sa mission messianique. La question de Thomas le révèle de façon bien éloquente : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? ».

La réponse de Jésus est claire et sans équivoque, d’un ton solennel, il affirme : « Moi, je suis le chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Ainsi, un pan important de l’identité de Jésus se dévoile. Sa messianité ne tient pas dans l’enseignement d’une idéologie ou encore de l’annonce prophétique d’un événement à venir. Cette messianité, c’est sa propre identité. En lui tout s’accomplit car il est l'Une Fois pour Toute de la Révélation plénière de Dieu. Il n’a pas  pour mission de nous indiquer un chemin à suivre ; Il est le chemin. Il ne nous enseigne pas simplement une vérité, il est lui- même la Vérité. Ses paroles sont celles de la vie éternelle parce que lui-même est la Vie.

Nous comprenons alors sa  tristesse lorsque Philippe cherche sans véritablement comprendre un raccourci :« Seigneur, montre nous le Père, cela nous suffit ». Tout le temps vécu à ses côtés n’a pu ouvrir les yeux de leur cœur puisque celui-ci était étouffé par des entreprises totalement humaines sans références de Salut. Et pourtant, Dieu était tous les jours avec eux ; « Qui m’a vu a vu le Père » car en Jésus s’opère la présence salvatrice de Dieu pour le Monde. Personne ne peut aller vers le Père sans passer par lui.

Ces paroles de l’Evangile comme Bonne Nouvelle, sont remplies d’Espérance. En cette période de pandémie, nous sommes comme les disciples, bouleversés. Les incertitudes qui planent autour de la vie sociale, religieuse, économique et sanitaire entretiennent encore plus ce bouleversement.

Cependant, nous ne devons pas agir comme des gens sans Espérance. Nous portons en nous le Christ, chemin, Vérité et Vie. Notre adhésion à lui est  un appel à ne pas nous laisser écraser par les tourments de cette pandémie. La vie du chrétien est une identification à celle du Christ c'est-à-dire boire à sa coupe pour sortir victorieux comme lui dans tous les combats de notre vie. Ce n’est pas chose facile puisque cela demande des sacrifices, de grands efforts pour balayer toutes les formes de résistances. Suivre le Christ-chemin, c’est accepter de passer par la « porte étroite ».

Le texte des Actes des apôtres nous édifie à ce propos. Le développement de la communauté à cette époque n’était pas sans difficultés. Là où Dieu sème le grain de la Parole, le démon aussi est à l’œuvre pour semer l’ivraie de la discorde.

Cette dernière quelquefois, nous mène sur des chemins d’errance, loin de la Vérité et de la Vie. La première communauté n’y a certes pas échappé et c’est ce qui lui a valu, l’institution des sept diacres pour assurer le service de la charité dans la justice et le souci des plus vulnérables.

Notre société actuelle quant à elle, reste étouffée par cette ivraie de la violence, de la course à l’avoir, de l’injustice, du mensonge jusque dans des proportions inimaginables, de la haine, de la puissance de domination etc. …

Une situation qui nous installe un désastre humain et spirituel . Notre société se déshumanise de jour en jour ; elle perd tous ses repères spirituels qui cèdent la place à un égocentrisme et un narcissisme destructeurs.

Il y a une urgence pour chacun et pour toute l’humanité de se centrer sur l’Essentiel. Nous entendons parler de crise sanitaire, de crise financière, de crise sociale. Leur véritable antidote est celui d’un renouveau spirituel et humain. Le Pape François nous rappelait lors de la prière d’indulgence pour les malades du Covid 19, que nous pensions être sains dans un monde malade. Pour guérir alors de tous ces maux, il nous faut guérir nous-mêmes du mal profond qui nous étreint en l’occurrence de notre rejet de Dieu.

« La pierre qu’on rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche ».

Comme chrétiens, l’apôtre Pierre nous rappelle que notre Baptême nous a  fait appartenir à « une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au Salut ». Il n’y a pas lieu de s’enorgueillir, le disciple doit accueillir ce qui lui vient de Dieu comme un don en esquivant tout piège qui pourrait l’installer dans la suffisance et la recherche d’honneur. Ne jamais perdre de vue cet Essentiel qui est le propre du baptisé : « Annoncer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ».

Bien chers frères et sœurs, nous sommes les pierres vivantes appelées à participer à la construction de l’édifice dont la pierre angulaire est le Christ, en ce beau temps marial, demandons à Dieu, par l’intercession de la Vierge très pure de nous obtenir la grâce de la conversion pour notre humanité, pour nous même afin que nous soyons signes et témoins de la vraie  liberté et de la vie éternelle que Dieu communique au monde. A lui Dieu, louange, honneur et Action de grâces pour les siècles des siècles. Amen !

 

Ferdinand SAMBOU

              Curé

 

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques.

« Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance ».

En ce quatrième dimanche du temps de Pâques, nous rompons avec le cycle des théophanies du ressuscité (apparitions) pour nous retrouver au cœur de l’Evangile de Saint- Jean (Jean 10) où Jésus, en  plein ministère donne à ses disciples, un enseignement sur son identité.

C’est un véritable  message d’Amour qui se dégage dans tout ce corpus de l’Evangile de Jean. Le chapitre 10 appelé celui  du « Bon Pasteur »  fait suite à des événements importants durant lesquels , Jésus a bravé l’hostilité de ses adversaires : d’abord sur son origine ( ch. 7 )  ensuite, en sauvant la femme accusée d’adultère ( ch. 8 ) , enfin la guérison de l’aveugle-né ( ch. 9 ). Dans tous ces épisodes, la personne de Jésus ainsi que sa liberté d’action se désolidarisent de celles des pharisiens et des scribes pour se proposer comme chemin de liberté et de vie.

Finalement, en face de dirigeants au cœur endurci, qui piétinent leur peuple, Jésus se propose à travers la figure de la porte et du Bon Pasteur comme celui qui vient apporter la vie à ce troupeau laissé à lui-même. Ce langage pastoral est bien propre à ces gens de culture orientale nomade ou semi-nomade dont l’une des activités principales est l’élevage. Cependant, il est important de bien cerner le lien entre l’éleveur et son troupeau pour mieux comprendre le message de Jésus et surtout la nouveauté qu’il apporte dans ce rapport entre Berger et Troupeau.

En vérité, il existe un lien profond entre le berger et son troupeau. De manière empirique ce rapport est plutôt celui d’une dépendance et d’un profit que le berger tire  de son troupeau. Il en prend soin certes, il le protège non pas pour ce qu’il est en lui-même mais pour ce qu’il peut lui apporter : son lait, sa viande, sa laine et l’argent qu’il peut en tirer lors des négoces. Voilà le fondamentalement ce qui fait le lien entre le berger et ses brebis. Ce type de berger est comparé par Jésus à la figure du voleur et du mercenaire qui ne vient que pour voler, égorger et faire périr.

S’attaquant aux puissants du peuple qui foulent aux pieds toutes les lois, il les assimile à ces bergers mercenaires sans scrupules : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis, mais qui escalade par une autre voie, celui-là est un voleur et un brigand. »

La nouveauté qu’il veut apporter pour la restauration d’une société plus juste et plus fraternelle, c’est que ceux qui président aux destinées du peuple ne doivent pas s’affirmer en tyran mais plutôt en serviteurs capables de mener leur peuple sur le chemin de la promotion de la dignité humaine.

« Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix, et ses brebis à lui, il les appelle une par une et les mène dehors ».

Il ne s’agit plus d’une relation de dépendance et de profit mais au contraire, il s’agit de la part du pasteur, de construire une relation d’Amour. Jésus, dans cet enseignement fait découvrir son identité que confirme cette parole : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »

Il n’est pas simplement le pasteur, mais aussi il est la porte des brebis. Une lecture post-pascale de cette page d’Evangile de Saint-Jean nous révèle de manière éloquente la profondeur du message du Christ. Sa vie, son ministère, sa Passion, sa mort et sa résurrection sont tous orientés vers la promotion de la vie de l’homme. Ce n’est plus le berger qui se nourrit du lait ou de la viande de ses brebis ; désormais c’est le berger qui donne sa vie pour sauver ses brebis.

Le mystère pascal du Christ est l’expression de cet amour sans mesure (une folie de Dieu) pour le Salut du genre humain. N’est ce pas une Bonne Nouvelle, Dieu qui se fait fragile pour rendre l’homme fort de sa propre vie. Ce Salut offert par le Christ traverse toute la prédication des apôtres. Pierre, poursuivant l’annonce du kérygme au jour de la Pentecôte, déclare avec solennité : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et le Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. »

Une annonce qui ne reste pas sans effet puisque ses auditeurs, touchés au plus profond d’eux-mêmes veulent adhérer au Christ-Sauveur : « Frères, que devons-nous faire ? ».Pierre leur propose la conversion et le Baptême pour accueillir l’Esprit-Saint, don de Dieu qui renouvelle et affermit l’attachement de chacun à la foi en Jésus ressuscité

Mais cette adhésion au Christ n’est pas sans difficultés. L’apôtre Pierre nous le rappelle dans la deuxième lecture. S’adressant aux communautés de l’époque, éprouvées par la persécution, il les appelle à puiser leurs forces en Jésus, modèle de tout persécuté. Lui qui n’a pas péché, a porté les péchés de tous les hommes afin de nous obtenir le Salut. Notre chemin de chrétien, c’est aussi accueillir dans notre chair les blessures de notre temps, forme de participation aux souffrances du Christ pour guérir en lui qui est le véritable berger de nos âmes.

Ce 4ème dimanche de Pâques est aussi dédié à prière pour les vocations.

Lorsque nous parlons de vocation, nous pensons à la vie sacerdotale et religieuse. Des vocations dont l’Eglise aujourd’hui a besoin pour continuer l’œuvre d’annonce de la Bonne Nouvelle et de Sanctification des âmes.

C’est une occasion offerte pour prier en faveur de ces nombreuses âmes qui se sont offertes au service de l’Evangile à travers le ministère ordonné et ou la profession des conseils évangéliques.

C’est aussi un moment favorable pour nous rappeler (évêques, prêtres et diacres) l’origine et le sens de la mission de Pasteur. On ne devient pas pasteur par soi-même ou pour soi. On est pasteur en vertu de l’appel du Christ pasteur par excellence et modèle de notre vie et de notre apostolat. On est pasteur pour le Peuple de Dieu afin d’assurer en permanence les mystères de sa relation avec le Seigneur. On est pasteur pour travailler dans la vigne du Seigneur et pour le Seigneur.  (et non en dehors) pour éviter toute errance qui peut transformer .n mercenaire.

La vocation, au delà des ministères de service, est propre à tous les baptisés. En effet, par notre Baptême, nous avons été appelés à une vie nouvelle dans le Christ Jésus. Une vie à laquelle, chacun selon ses charismes, est appelé à participer pour la construction de l’édifice commun : l’Eglise.

De nos jours, nous entendons parler des crises des vocations. Ce qui est certainement vrai quand on constate aujourd’hui le manque criard de prêtres, de consacrés(es) de mariés, de volontaires dans nos communautés ecclésiales. Mais il serait important de saisir le sens des la vocation pour tirer tous les défis liés à cette crise.

Si l’on considère que la vocation comme la foi entre autre est un don de Dieu, parler de sa crise pose problème puisque pour nous chrétiens qui expérimentons au quotidien les signes de la présence de Dieu dans notre vie, nous ne pourrions accepter que Dieu soit en crise de don.

Par contre si la vocation est une réponse à cet appel (don) de Dieu, nous pouvons entrevoir une crise puisque de jour en jour, l’homme s’emmure dans ses certitudes, étouffant tout dialogue avec Dieu.

La crise des vocations se situe au niveau humain c'est-à-dire de la réponse de l'homme; elle est donc un problème surtout sociétal, sociologique qui touche malheureusement la vie spirituelle dès lors que les valeurs chrétiennes de plus en plus perdent leur place au profit d’autres formes de libertés pas forcement humanisantes.

C’est alors aujourd’hui un moment favorable pour prier en faveur de notre vocation commune de baptisés afin de travailler à notre sanctification commune dans une vie chrétienne plus authentique et sincère. Re-découvrir combien il est important de restaurer le dialogue entre l'humain et Dieu pour donner un véritable sens à notre vie

Prions pour que de nos familles naissent de nouvelles réponses aux appels de Dieu à la vie sacerdotale, religieuse et laïque pour le bien de tout le corps du Christ. Pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde.

P Ferdinand SAMBOU

 

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Homélie du 3ème Dimanche de Pâques.

« Reste avec nous, car le soir approche  et déjà le jour baisse ».

Dans une société qui tourne d’habitude  à une vitesse d’une extrême rapidité et où le rendement dépend du travail fourni, on a souvent envie, après l’effort, d’un repos bien mérité loin de tout bruit  et de toute contrainte. De nos jours, une certaine forme de déconstruction de la structure sociétale originelle, aboutit à une solitude voulue, un refus de tout embarras. L’adage n’a-t-il pas raison à ce sujet lorsqu’il dit que «  pour vivre heureux, il faut vivre caché. »

L’invitation faite par les disciples d’Emmaüs à cet inconnu qui les rejoint sur le chemin de leur désillusion après une longue marche est typique d’une culture orientale de l’époque. Aujourd’hui, l’étranger comme l’inconnu fait peur. Dans toutes les sphères de la société humaine et sur tous les continents, la culture de l’ignorance ou du refus de l’autre a fini de se faire toute sa place.

La page de l’évangile de ce jour, est comme un appel à ramer contre-courant de ces conceptions erronées d'une telle vie en société. La rencontre avec l’autre fût- il un inconnu, est porteuse de nouveauté, de richesse puisque le dialogue provoque des échanges et des découvertes.

 Luc l’évangéliste, nous place dans le contexte bouleversant de la mort de Jésus ainsi que l’annonce de sa résurrection.

Ces deux disciples ; Cléophas et l’autre dont le nom est méconnu, ont été témoins de tous ces événements douloureux du vendredi –Saint qui ont complètement anéantis leurs rêves de libération du joug romain et la réalisation de promesses messianiques. Pour eux, la mort du Maître correspond à la fin de leur aventure. Il faut donc retourner au point de départ, Emmaüs. Revenant sur tous ces événements, ils sont rejoints, sur la route de leur désespoir par un inconnu qui semble tout ignorer de ce qui s’est passé à Jérusalem : « De quoi discutez-vous en chemin ? » Tout  tristes, ils s’arrêtent et c’est Cléophas qui va répondre : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignorent les événements de ces jours –ci ». Et le dialogue s’engage : « Quels événements ? ».Et tous les deux disciples s’exercent alors à parler de Jésus de Nazareth, de sa puissance prophétique à travers sa parole et ses actes, de sa condamnation à mort  par les chefs du peuple et de sa crucifixion.

« Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » disent ils .Mais le comble, c’est le message de sa Résurrection rapporté par des femmes et qui sème la stupeur au sein du groupe des disciples.

De là s’engage une catéchèse. Le Ressuscité (jusque là méconnu par ces deux hommes aux cœurs endoloris et  à l’intelligence intérieure obscurcie par l’échec de  leur aventure humaine) se prête alors à un exercice de relecture des Écritures depuis Moïse et les prophètes pour les faire adhérer à la vérité sur la personne du Messie ; « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

De ce dialogue naît une proximité qui fait qu’au moment de prendre congé de Jésus, les deux disciples l’invitent à rester avec eux : « Reste avec nous … ».

Une rencontre comme celle qu’ils viennent de vivre avec cet homme qui les a rejoint sur la route du retour au bercail ne peut s’arrêter. Ils l’invitent à partager le repas avec  eux .Et c’est à la fraction du pain, signe de l’Eucharistie, que leurs yeux s’ouvrirent et qu’ils reconnurent leur Maître Ressuscité qui disparut à leurs regards. De cette théophanie s'opère un sursaut de foi et une forme de contrition : « Notre cœur n’est il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Ecritures ? ».

Dès lors, leur voyage qui était à son terme, prend un autre tournant. Il n’y a plus de temps à perdre, qu’il fasse nuit ou que le temps soit défavorable importe peu. Il faut se lever et repartir à Jérusalem pour annoncer à leur tour que le Seigneur est ressuscité et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

Quelle belle issue, cette rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité ! De la méconnaissance, ceux-ci sont arrivés à la pleine connaissance du mystère du Christ.

Chers frères et sœurs, toute  rencontre peut transformer notre vie. Elle est le rendez-vous du donner et du recevoir. Celle avec le Christ la transfigure. Elle nous transforme et nous recrée de l’intérieur. L’expérience de l’apôtre Pierre est assez édifiante à ce sujet : ses attentes d’un messie guerrier, annihilées par l’arrestation de Jésus au jardin des oliviers, l’avaient poussé à trahir le Maître. Mais après la Résurrection et le don de l’Esprit –Saint, le voilà plus vigoureux et audacieux dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Avec force et courage, il témoigne devant les chefs du peuple : « Ce Jésus que vous avez fait mourir sur la croix, Dieu l’a ressuscité ». C’est ce témoignage habité par le feu de l’Esprit Saint qui motive son adresse aux juifs de l’époque et à nous chrétiens d’aujourd’hui, dans la deuxième lecture de ce jour : « (…) vivez donc dans la crainte de Dieu, cependant le temps où vous résidez ici –bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères, mais, c’est par le sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tâche, le Christ. » (1P 17-21).

En ces temps de pandémie chers frères et sœurs, un grand dilemme peut se réveiller dans chacune de nos vies :

  • Celui du vouloir rester seul et face à soi-même (impasse)

Ou

  • Celui du besoin de Dieu et de l'ouverture au renouveau

Comme ces disciples qui rentraient à Emmaüs, la vie peut être pour nous un grand ramassis d’échecs, de déception. Les maladies, les guerres, les violences, la haine etc. … sont pleins de situations qui peuvent réveiller en nous un sentiment de dégoût et de frustrations. Ne trouvant plus d’issue, on se referme sur soi-même. Pas de possibilité de dialogue et notre vie s’atrophie de jour en jour, s’épuise et perd tout son sens.

Par contre, c’est dans ces moments de tumultes que ces mêmes paroles des disciples libèrent toutes leurs saveurs : « Reste avec nous ». Emmaüs, c’est aussi nos routes personnelles que nous empruntons au quotidien. Ces routes quelques fois sinueuses parce que marquées par la réalité de nos échecs, de nos souffrances, de nos désespoirs, de cette pandémie du Covid 19 mais où le seigneur ressuscité nous rejoint pour partager le chemin avec nous et nous proposer d’aller plus loin c'est-à-dire découvrir les délices de sa Résurrection et réchauffer notre foi et notre Espérance.

Que ce temps de confinement où nous invitons le Christ à faire une halte dans nos maisons soit une belle occasion de vivre une spiritualité de la rencontre et du partage afin que la lumière de la Résurrection dissipe nos ténèbres intérieurs et fasse transparaître le visage du ressuscité en chaque regard que nous croisons.

Que le Nom du Seigneur soit béni, toujours et à jamais. Amen !

P .Ferdinand SAMBOU

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Homélie du 2ème Dimanche de Pâques (de la Divine Miséricorde)

 

« La Paix soit avec vous »

Voilà une parole que nous aimerions tous entendre en ces grands moments de trouble où l’humanité dans sa presque totalité est en phase de perdre pied à cause du désastre causé par la pandémie due au Coronavirus.

Pourtant, ces paroles du ressuscité ne s’inscrivent pas dans le souvenir lointain de ses apparitions au jour de Pâques et après. Elles sont actuelles et nous sont adressées en personne et en communauté.

Dans les cénacles de nos maisons, Jésus défie toutes les contingences du temps et de l’espace pour venir nous y retrouver et nous donner ce fruit de la Résurrection que constitue la paix.

«  La Paix soit avec vous »

En effet, les lendemains de l’annonce de la Résurrection de Jésus comme les jours de sa Passion n’ont pas été de tout repos pour le groupe de ses disciples. La peur des représaille